Nous avions un peu plus de vingt ans à peine et nous passions nos journées aux Archives Nationales. Il y avait là, entre autres, Alexandre Gady connu désormais pour être le spécialiste incontesté de Mansart, Arnaud de Maurepas, aujourd’hui disparu, qui préparait sa bible sur les ministres de Louis XV et enfin, Hervé Lemoine qui vient d’être nommé à la direction de cette vénérable maison.
Que faisions-nous aux Archives Nationales quand d’autres au même âge se préoccupent au mieux de leur avenir et plus généralement de leur présent ? Pour tout dire pas grand chose ou plus exactement, nous paressions sur nos tables en remplissant des fiches qui devaient nous permettre d’alimenter des thèses d’Histoire aux sujets tout à fait improbables.
En fait nous attendions, nous attendions pendant des heures des cartons d’archives qui n’arrivaient jamais. L’informatisation des salles de lecture du CARAN avait eu pour effet immédiat de perturber à jamais le service de communication de ces précieuses archives et l’arrivée d’un ancien « usager » à la tête de cette administration « historique » me réjouit d’avance…
A l’époque, pour meubler ces attentes interminables, nous nous retrouvions dans la grande salle des pas perdus autour de la machine à café et là, fusaient des horreurs que la simple correction m’interdit de répéter ici. Pendant toutes ces années de latence, - je ne vois pas d’autre mot -, nous n’avons pas beaucoup travaillé mais nous avons beaucoup ri. Rires dont de malheureux étudiants américains déjà très politiquement corrects et quelques universitaires infatués d’eux-mêmes ont fait les frais. Hervé n’était pas le dernier à décocher des mots d’esprit qui lui ont valu, depuis, une réputation de brillant causeur.
Je ne sais pas si les très hautes autorités qui ont procédé à sa nomination en ont pleinement conscience mais ils viennent de placer à la tête des Archives, outre un grand chercheur (une fois n’est pas coutume !), un ami formidable à l’humour décapant et au rire communicatif.
Les vitres du vieil hôtel de Soubise n’ont pas fini de vibrer !