Je me suis toujours demandé ce qui pouvait pousser l’historien formé à la rigueur de la recherche universitaire à aller s’aventurer sur le terrain du roman historique ? Que l’historien soit aussi écrivain relève de l’obligation professionnelle mais il ne peut pas être romancier car il sait, lui, que l’Histoire est trop complexe pour qu’une imagination contemporaine, aussi puissante soit-elle, suffise à la révéler.
La lecture du dernier roman de Chantal Thomas, Le testament d’Olympe, vient une nouvelle fois confirmer cette règle. Dans son livre, Chantal Thomas, qui a pourtant produit d’excellents travaux historiques, prétend raconter le parcours tragique d’une jeune fille de bonne famille bordelaise que la débine aurait jetée dans le lit de Louis XV. Pour cela, elle emprunte à l’histoire de plusieurs petites maitresses du Parc aux Cerfs comme Mademoiselle de Romans ou Marie-Louise O’Murphy dont il se trouve que je connais un peu l’histoire.
Quelque part aux confins du Calvados, le château de B***, belle maison de la fin du règne de Louis XIV, occupe une place toute particulière dans la géographie secrète du Bessin mondain. Hier après-midi, il y avait concert. Les salons tapissés de portraits accueillaient un public d’amis réunis pour l’occasion par le maître de maison. L’homme, d’une discrétion qui étonne dans un univers où le « carnet d’adresses » est devenu une valeur marchande, fut l’un des pivots de la vie littéraire parisienne du « second » XXème siècle. Il faut pourtant le hasard d’une conversation et une longue amitié pour apprendre que l’hôte des lieux fut l’ami intime de Prévert et de Green, qu’il jouait au volley ball avec Morand et que Marguerite Yourcenar mourante le fit venir à son chevet pour lui confier son œuvre.
Haut fonctionnaire de la culture, ce qui n’est pas nécessairement un oxymore, Christophe Tardieu, a été pendant plus de trois ans Le Surintendant de Versailles et c’est sous ce titre qu’il publie aujourd’hui ses souvenirs d’administrateur général du Château.
Plus connu pour le rôle central qu’il a joué au moment de la réforme de France Télévisions et dans la conception de la loi Hadopi aux côtés de Christine Albanel, alors ministre de la culture, l’auteur brosse ici un portrait à la fois nostalgique et désopilant de cet immense vaisseau fantôme et de son équipage.
Le 30 mars dernier, Frédéric Mitterrand a lancé une nouvelle fête du livre et de la lecture, baptisée “A vous de lire !”. Organisée entre le 27 et 30 mai avec le soutien de France Télévisions, celle-ci avait pour but de célébrer la lecture et le plaisir de lire plaisir de lire sous toutes ses formes, des plus traditionnelles aux plus insolites.
A cette occasion, le Centre National du Livre a réalisé une série de vidéos au cours de laquelle des écrivains, libraires et personnalités évoquent leur livre préféré. Je me suis prêté au jeu et voici ma réponse :
Le rituel est délicieusement immuable. Les invités se pressent aux portes du Quai Conti en tenant à la main leur carton d’invitation. L’on se jette des regards torves ou amusés en fonction de la couleur du bristol. Le ballet des voitures officielles commence, des académiciens qui n’ont plus rien de vert hormis l’habit en sortent parfois, des mains se baisent, car le parvis de l’ancienne chapelle du Collège des Quatre Nations reste celui d’une église, des dames très distinguées enjambent les câbles de télévision avant d’être passées en revue par la garde républicaine. Chacun tente de trouver la place qu’il croit devoir lui revenir et l’on ne se salue plus que de loin de peur de perdre celle que l’on a pu finalement trouver. La petite fille d’un ancien premier ministre tente d’en imposer à un huissier qui feint l’autisme avec talent. Une fille de France s’installe et reçoit des hommages discrets, puis un premier Président de la République fait son entrée. Il salue avec une chaleur mécanique d’anciens ministres qui ont certainement tout fait pour le rester après lui. Un ange bleu blanc rouge passe…
Nous avions un peu plus de vingt ans à peine et nous passions nos journées aux Archives Nationales. Il y avait là, entre autres, Alexandre Gady connu désormais pour être le spécialiste incontesté de Mansart, Arnaud de Maurepas, aujourd’hui disparu, qui préparait sa bible sur les ministres de Louis XV et enfin, Hervé Lemoine qui vient d’être nommé à la direction de cette vénérable maison.
Que faisions-nous aux Archives Nationales quand d’autres au même âge se préoccupent au mieux de leur avenir et plus généralement de leur présent ? Pour tout dire pas grand chose ou plus exactement, nous paressions sur nos tables en remplissant des fiches qui devaient nous permettre d’alimenter des thèses d’Histoire aux sujets tout à fait improbables.
En fait nous attendions, nous attendions pendant des heures des cartons d’archives qui n’arrivaient jamais. L’informatisation des salles de lecture du CARAN avait eu pour effet immédiat de perturber à jamais le service de communication de ces précieuses archives et l’arrivée d’un ancien « usager » à la tête de cette administration « historique » me réjouit d’avance…
A l’époque, pour meubler ces attentes interminables, nous nous retrouvions dans la grande salle des pas perdus autour de la machine à café et là, fusaient des horreurs que la simple correction m’interdit de répéter ici. Pendant toutes ces années de latence, - je ne vois pas d’autre mot -, nous n’avons pas beaucoup travaillé mais nous avons beaucoup ri. Rires dont de malheureux étudiants américains déjà très politiquement corrects et quelques universitaires infatués d’eux-mêmes ont fait les frais. Hervé n’était pas le dernier à décocher des mots d’esprit qui lui ont valu, depuis, une réputation de brillant causeur.
Je ne sais pas si les très hautes autorités qui ont procédé à sa nomination en ont pleinement conscience mais ils viennent de placer à la tête des Archives, outre un grand chercheur (une fois n’est pas coutume !), un ami formidable à l’humour décapant et au rire communicatif.
Les vitres du vieil hôtel de Soubise n’ont pas fini de vibrer !
Je suis très heureux de vous accueillir sur mon Blog Note. Cette page et les textes qui y sont publiés sont strictement personnels. Aussi, pour des raisons évidentes, il ne peut y être question ni de politique ni de télévision. En revanche, je m’exprimerai en toute liberté et avec une subjectivité assumée sur les sujets qui me touchent, les émotions variées qui font une journée ou sur les événements culturels qui m’ont marqué. Vous pouvez bien entendu me faire part de vos commentaires, qui seront publiés dans la mesure où ils respectent les règles élémentaires de la courtoisie.