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Au secours Louis XIV revient !

On la croyait abandonnée quelque part au fond du Parc, lentement rongée par la végétation, placée là par un conservateur un peu rêveur et disciple d’Hubert Robert. Cette fin poétique aurait, à mon sens, donné un petit supplément d’âme à la statue équestre de Louis XIV qui, depuis 1836, encombrait la cour du château de Versailles et cela jusqu’à ce que le rétablissement de la grille royale nous en débarrasse.

Or il n’en est rien, un quarteron de généraux en retraite et un groupe de jeunes nostalgiques  a obtenu, contre toute logique historique et architecturale, le retour de cet étonnant assemblage de bronze. Assemblage est bien le mot, car on ne le sait pas assez, Louis XIV est ici juché sur une monture conçue, à l’origine, pour son arrière petit fils Louis XV et commandée initialement par Louis XVIII. Louis-Philippe, impayable roi des Français, avait en effet, par souci d’économie récupéré le cheval de la statue équestre restée inachevée et destinée à remplacer, place de la Concorde, l’œuvre de Bouchardon abattue en 1792.

Le cavalier n’étant pas tout à fait proportionné à la monture, le Roi Soleil donne le sentiment de traîner un peu des pieds. Ainsi, sous couvert de lui rendre les honneurs le roi Louis Philippe infligeait au plus illustre représentant de la branche aînée une double humiliation ; non seulement il dressait sa statue au beau milieu de l’ancienne basse cour de son château mais il l’asseyait sur un cheval à bascule !

C’est donc dans ce triste appareil, bien qu’un peu requinqué par la très belle restauration des Fonderies Coubertin, que ce “chef d’œuvre” de Cartellier (pour le poney) et Petitot (pour le jockey)  vient de faire sa réapparition au bas de la place d’Armes, là où vient mourir l’avenue de Paris.

Condamné, pendant plus d’un siècle et demi, à servir de point de rendez-vous à des générations de touristes, voilà le Roi Soleil désormais affecté à la circulation.

Sic transit gloria mundi.

Posté dans la catégorie Arts, Histoire.

3 Commentaires

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  1. etienne de montety said

    cher Camille,

    merci de m’avoir fait connaître ton blog. Je suis passé hier devant la statue de Loulou et j’ai pensé qu’elle n’écrasait plus la cour d’honneur. C’est déjà ça !
    Agent de la circulation, c’est une jolie métaphore pour un roi centralisateur….
    La statue fait un peu mise là par hasard, mais on s’habituera.

    amitiés

    Etienne

  2. Hervé PICHON said

    Excellent article, très bien troussé et … fort drôle !
    Bravo pour ce blog si bien venu.
    A continuer absolument.
    Hervé PICHON

  3. Renaud said

    Le dimanche des rameaux, certains fêtent un Roi qui entre dans Jérusalem ….à cheval sur un âne!
    Il y a finalement peut-être une ironie savoureuse -un hommage du vice à la vertu- dans cet hommage improbable du roi des français au Roy de France, si bien souligné dans cet article?