Vendeuvre date d’un temps où bâtir une maison de campagne était un art. Conçu dans ces années 1750, qui voient l’apaisement du style rocaille avant l’irruption d’un néo-classicisme aussi glacé que le couperet d’une guillotine, le château a de la grandeur mais aussi une simplicité désarmante. Tout y est proportionné, rien n’y est écrasant, pas plus les élévations de façade que les salons.
C’est l’architecte Blondel qui a imaginé ce triomphe d’harmonie au beau milieu des champs mais c’est aux Vendeuvre qui firent construire la maison et ensuite à leurs descendants, Guy, Elyane et leur fils Alexandre qui l’habitent aujourd’hui, que l’on doit de pouvoir encore admirer un ensemble dans le goût français le plus pur. Je connais peu de maisons où le meuble d’un salon est encore laqué dans les mêmes tons que les boiseries qui lui servent d’écrin, où les grands dossiers plats sont sagement rangés le long des murs pour laisser tables volantes et cabriolets peupler le centre des pièces au gré des plaisirs du jeu ou de la conversation. Chaque objet, choisi avec soin, rappelle un certain art de vivre et semble avoir été posé là par un laquais en livrée pour l’accueil et le bien-être de quelque parlementaire exilé sur ses terres par lettre de cachet.
Le château de Vendeuvre est au règne de Louis XV ce que la villa des mystères est à celui de l’empereur Néron : une miraculeuse résurgence de l’Histoire, et c’est peut-être là le plus beau chef d’œuvre de cette maison qui en conserve pourtant une incroyable collection.
En reprenant la route de Paris, le visiteur ne manquera certainement pas le château du Champ de Bataille qui fut, lui aussi, mais dans le genre majestueux, une des belles maisons seigneuriales de la province lorsqu’il appartenait encore au duc et à la duchesse d’Harcourt, qui le sauvèrent d’une ruine certaine au lendemain de la guerre. Aujourd’hui il est aux mains d’un grand décorateur qui règne sur le goût international. Evidemment ce n’est pas tout à fait la même chose…
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