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Costumes en scène

A quinze ans déjà, il couvrait ses cahiers de petits croquis élégants et de silhouettes fantastiques ; en deux coups de crayons, il donnait naissance sous nos yeux ébahis à un univers peuplé de chevaliers à la rose et de comtesses Almaviva prêts à entrer en scène et cela tout en imposant à nos professeurs un respect effrayé. Il était, et de loin, le plus brillant d’entre nous. Quand nous partions bêtement en vacances avec nos familles, lui prenait le train en direction de Pesaro pour assister Pier Luigi Pizzi. Le bac en poche orné d’une mention mirobolante, il annonçait tout de go à des parents consternés qu’il ne faudrait pas compter sur lui pour entrer en hypokhâgne où à Sciences Po. Un stage chez Lanvin ou Cartier lui serait plus utile. Il n’avait pas tout à fait tort.

En vingt ans, David Belugou a travaillé avec les plus grands et pour les plus belles scènes du monde. Ses dessins ont pris vie et ont enthousiasmé les Opéras de Monte-Carlo, Genève, Paris, Los Angeles, le Royal National Théâtre de Londres ou encore le Prince Music Theater de Philadelphie. Il est aujourd’hui, le seul non américain à avoir reçu le Barrymore Award du meilleur costumier.

Le Musée de la Tapisserie de Bayeux lui rend hommage en exposant dans la chapelle de l’ancien hôtel de Nesmond une rétrospective de sa carrière et il n’a que 43 ans ! Ces costumes éblouissants sont un pied de nez magnifique à une scène française qui depuis bientôt trente ans ne jure que par la tristesse sociale et la transposition lugubre. Là où nos metteurs en scène affublent de chemises brunes le chœur de Parsifal, David Belugou habille la Tosca d’une robe de satin vert chartreuse scintillante d’émeraude dont l’acidité électrique bousculera le public de Dijon en 2002. Le grand Hugues Gall vient de l’adouber comme le chef de file de la nouvelle scène. Il était bien, et dans tous les sens du terme, le plus “brillant” d’entre nous.

Posté dans la catégorie Opéra/Théâtre.

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