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Faux Louis XV

Je me suis toujours demandé ce qui pouvait pousser l’historien formé à la rigueur de la recherche universitaire à aller s’aventurer sur le terrain du roman historique ? Que l’historien soit aussi écrivain relève de l’obligation professionnelle mais il ne peut pas être romancier car il sait, lui, que l’Histoire est trop complexe pour qu’une imagination contemporaine, aussi puissante soit-elle, suffise à la révéler.

La lecture du dernier roman de Chantal Thomas, Le testament d’Olympe, vient une nouvelle fois confirmer cette règle. Dans son livre, Chantal Thomas, qui a pourtant produit d’excellents travaux historiques, prétend raconter le parcours tragique d’une jeune fille de bonne famille bordelaise que la débine aurait jetée dans le lit de Louis XV. Pour cela, elle emprunte à l’histoire de plusieurs petites maitresses du Parc aux Cerfs comme Mademoiselle de Romans ou Marie-Louise O’Murphy dont il se trouve que je connais un peu l’histoire.

Que les personnages féminins pensent et parlent dans ce roman comme des candidates de Secret Story ne me choque pas nécessairement. C’est une loi du genre, le roman historique se contente, en règle générale, de faire évoluer des personnages bien contemporains dans un décor où le passé fait office d’exotisme. Il est plus agaçant en revanche de voir l’auteur pasticher des sources historiques qu’elle connaît pourtant bien. Pourquoi réécrire dans une parodie de langue XVIIIème des rapports de police dont on conserve encore aujourd’hui des volumes entiers ? Pourquoi présenter à nouveau le roi Louis XV comme un pervers polymorphe ? Sa conduite sexuelle a fait dès le XVIIIème siècle l’objet de pamphlets qui ne sont pas nécessairement le reflet d’une réalité. C’est un peu comme si dans deux siècles, une romancière à succès  racontait le règne de François Mitterrand à travers les écrits de Montaldo ou de Jean Edern Hallier.

Les violences faites aux femmes étaient, dans une Cour de chasseurs et de seigneurs, une triste réalité. Je crois avoir décrit les choses sans fard dans le Goût du Roi mais pour autant est-il nécessaire de forcer le trait ? Pourquoi ces scènes d’enlèvement et d’humiliation sadique?  Pourquoi condamner Olympe à une mort misérable et infamante à l’Hôpital Général alors que les maîtresses de Louis XV, sauf à se ruiner elles-mêmes avec application ou à rencontrer malencontreusement la guillotine, finirent leur vie dans l’opulence ? Il y a dans ce roman quelque chose qui me gêne, il sent le faux. Le faux Louis XV…

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