Posée, ouverte, au centre du comptoir elle est l’objet de toutes les attentions d’une cliente de qualité entourée d’une cour de talons rouges et de petit-maître. Ils sont coiffés de ces grandes perruques in-folio qui faisaient encore fureur sous la Régence et ont l’air un peu las. Le choix paraît difficile, car il s’agit d’orner la future table de toilette de la dame. Plusieurs nécessaires ont été présentés par la demoiselle de magasin qui tient aussi un miroir à poser vraisemblablement destiné à venir compléter l’ensemble. Le coffret que la jeune femme ne quitte pas des yeux contient la boîte à épingles, l’étui à peignes et la brosse à cheveux indispensables à la coiffure du matin. Il est décoré de laque rouge et un ruban de soie retient un charmant couvercle à doucine dont l’intérieur, plus foncé, est pailleté d’or. Nous sommes à Paris en 1720, sur le Pont Notre-Dame, dans la boutique de Gersaint dont l’enseigne fut immortalisée par Watteau.
Lundi dernier, salle des ventes Bayeux, le commissaire priseur annonce une boîte à perruque d’époque XVIIIème. Le terme est impropre car jamais une perruque ne tiendrait dans un espace aussi étroit mais l’appellation est aujourd’hui admise dans la langue des antiquaires. Quoi qu’il en soit c’est bien le nécessaire convoité par l’élégante de chez Gersaint ! La laque rouge corail est d’une incroyable fraicheur et détail invisible sur le tableau de Watteau, le couvercle s’orne d’une scène orientale où un personnage tout doré et vêtu comme on va à la Chine sort d’une Pagode de fantaisie autour de laquelle virevoltent de drôles de papillons. Seul le cordon de soie a cédé sous le poids des siècles. Les enchères fusent, hésitent puis ralentissent. Le marteau tombe sur un fragment encore palpitant du XVIIIème siècle.

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