Même si je souhaite tenir ce blog à distance de ma vie professionnelle, je dois avouer que la diffusion sur France 2 du téléfilm La fuite à Varennes de Louis XVI m’a donné envie de revoir La Nuit de Varennes tourné en 1982 sur le même sujet par Ettore Scola. J’avais conservé de ce film découvert au moment de sa sortie en salle un souvenir émerveillé. Des amis, aussi attentifs qu’attentionnés, étant parvenus à mettre la main sur une copie, m’ont invité, il y a quelques jours, à venir le regarder chez eux. Installé dans leur boudoir-télé, leur salon restant réservé, ce qui est de plus en plus rare, au seul plaisir de la conversation, j’ai redécouvert ce film 27 ans plus tard avec une émotion intacte. L’argument tiré du roman de Catherine Rihoit mais vieux comme l’Heptaméron est simple ; une diligence suit, avec quelques heures de retard, la lourde berline qui emporte Louis XVI et sa famille vers leur destin. A l’intérieur, la caméra, qui ne filmera jamais le Roi et la Reine, observe des passagers, dont certains sont complices de la fuite royale, et d’autres ne sont pas totalement inconnus du spectateur car il y a là, Restif de la Bretonne, Thomas Paine ou Casanova. Avec une acuité fulgurante et un génie de l’image qui force l’admiration, Ettore Scola donne simplement à voir la réalité du temps et la complexité d’une société qu’il révèle dans les cahots de la diligence comme un véritable “précipité” chimique. Marcello Mastroianni en Casanova usé et vieillissant, Jean-Claude Brialy en coiffeur pour reines ou encore Hanna Schygulla en bru de fermier général interprètent certainement là les meilleurs rôles de leur carrière. Des scènes comme le duo mozartien entre un Casanova essoufflé et une cantatrice italienne sur le retour (époustouflante Laura Betti) ou encore la révérence de la comtesse de Laborde à un mannequin royal et dérisoire sont de purs moments d’émotion esthétique et d’intelligence marxiste. En 1982, la Nuit de Varennes fut présentée au Festival de Cannes en même temps que Missing, Fitzcarraldo, Danton ou encore Identification d’une femme. Il y a des années fastes.
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