Skip to content


Le Christ, l’Evêque et la chaise électrique

Alors que l’Eglise traverse une de ces tempêtes dont elle a le secret, Jean-Michel di Falco, Evêque de Gap, a décidé d’exposer dans sa cathédrale la pietà de Paul Fryer. Un Christ,  dont le réalisme morbide n’a rien à envier au ciseau d’un Pedro Roldan ou d’un Juan Martinez Montanes, est assis sur une chaise électrique. L’œuvre empruntée à l’inépuisable collection Pinault est non seulement d’une beauté saisissante mais elle renoue avec cette forte tradition de l’Eglise catholique qui  fait de l’image un outil efficace de la catéchèse. Pour le fidèle comme pour l’agnostique, la Croix est aujourd’hui tellement consubstantielle de la religion chrétienne que l’on en oublie qu’elle fut avant tout un instrument de supplice dont le raffinement fait frémir. Le crucifié, exposé nu, aux outrages de la foule, poignets et chevilles cloués sur le bois, mettait des heures à mourir étouffé par son propre poids. En remplaçant la vieille croix romaine réservée aux esclaves par la chaise électrique américaine qui attend, aujourd’hui encore, le condamné à mort, l’artiste  nous rappelle bien sûr que la violence d’Etat est de tous les siècles mais surtout que la Passion du Christ fut bien incarnée et que cette souffrance est vécue tous les ans par les chrétiens avant Pâque.

Quelques bigotes locales ont certainement dû se signer d’effroi devant cette représentation moderne de la crucifixion, mais c’est dans l’ordre des choses. Plus grave, l’Evêque est désormais l’objet d’un déchaînement de haine de la part d’intégristes dont on serait pourtant en droit d’attendre, en ce moment un peu plus de discrétion et surtout de contrition. « Crucifie- le ! Crucifie-le ! »,  hurlait la foule de Jérusalem à Ponce Pilate qui, en fonctionnaire prudent, hésitait à condamner Jésus Christ.

Décidemment, les célébrations de la Semaine Sainte furent, cette année, à Gap, criantes de vérité.

Posté dans la catégorie Arts, Histoire, Religion.

Un commentaire

Tenez-vous au courant des derniers commentaires publiés sous ce billet en souscrivant au flux RSS de Camille-Pascal.fr.

  1. Renaud said

    Mon cher ami

    j’apprécie grandement votre blog, notamment dans sa finesse d’expression et j’avoue pourtant peut-être faire partie des vieilles bigottes dont vous ne semblez pas trop goûter la compagnie.

    Trois choses me semblent aller à l’encontre de l’initiative de Mgr. Di Falco, mais j’avoue humblement avoir peut-être tort:

    1° la 1ère est celle de la période; il me semble en effet que l’Eglise doit en ce moment panser ses plaies et réfléchir sereinement aux évènements qui viennent de se passer afin d’en tirer du fruit pour l’avenir.
    Nous avons donc suffisamment de sujet de débats pour que la prudence - l’une des 4 vertus cardinales- nous guide un peu vers de la retenue.

    2° la 2è est celle de la méthode, et cette fin du temps pascal nous y renvoie à plein, à l’occasion de la lecture des pélerins d’Emmaüs:
    le Christ est pédagogue (et on dit également - en cette année paulinienne- que St Paul est le plus grand des catéchistes…)
    ce qui veut dire que -par charité- il se met à la portée de ceux qui veulent bien l’écouter pour les toucher au point de les convertir.
    Cette chaise électrique n’a évidemment et malheureusement pas cette vertu charitable, malgré ce contexte. Elle heurte bien plus qu’elle ne touche.
    3° la 3è est celle du fonds: le scandale de la croix n’a de sens, nous dit l’apôtre des gentils, que par la résurrection et je pense là aussi humblement, c’est à dire au risque de me tromper, que cette pauvre chaise peut contribuer à nous faire oublier le message proprement essentiel de la Croix.
    voila
    ceci n’enlève aucunement l’estime que j’ai pour ce site magnifique et son auteur.
    bien cordialement