Le livre, à sa sortie, est quasiment passé inaperçu. Il faut dire, quelle idée quand on est un intellectuel brillant comme Gaspard-Marie Janvier, de consacrer un livre à la messe du dimanche et de pousser la provocation jusqu’à le baptiser roman ! Du coup, voilà le sur la table de critiques littéraires qui ont dû en rester bouche bée. Il leur est déjà difficile de faire leur boulot si maintenant, ils doivent aller au catéchisme pour comprendre ce qu’ils ont à lire, autant piger pour Auto Moto ! Par chance pour lui et pour nous, il doit y avoir encore quelques journalistes vaguement teintés de culture chrétienne (je n’ose pas dire catholique) que l’argument a dû suffisamment intriguer pour qu’ils en parlent.
Voilà un père divorcé condamné à la solitude un dimanche sur deux et qui décide d’aller à la messe… Il aurait pu, comme beaucoup de ses compagnons d’infortune, choisir de le vélo ou s’inscrire sur meetic ; non, il va à la messe et il écrit. Chaque dimanche, il note ses réflexions construisant par petites touches et avec une pensée lumineuse, un véritable dictionnaire des idées reçus de l’athéisme. A chaque ligne, on sourit de voir nos penseurs agnostiques bousculés dans leurs certitudes par un intellectuel de haute volée qui va les chercher sur leur terrain. Parfois, on tremble pour l’auteur qui, soucieux de renverser les points de vue, s’aventure sur des terrains glissants comme le darwinisme ou l’avortement dont la seule évocation peut suffire à réveiller nos nouveaux censeurs. Au grand soulagement du lecteur, il se contente de leur chatouiller les moustaches sans franchir une ligne jaune qui risquerait de discréditer l’ensemble.
Mais surtout et c’est là une des forces du livre, Gaspard-Marie Janvier décrit la Messe pour ce qu’elle est aujourd’hui dans notre monde occidental, un espace préservé de recueillement et de communion, où l’on ne demande rien à ceux qui y participent sinon de partager, une lecture et une parole. Un endroit où, miracle moderne, les portables ne sonnent pas et qui n’est ni sponsorisé ni subventionné, un refuge et pourquoi ne pas le dire, un lieu de résistance à la marchandisation universelle.
Un commentaire
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Le Monde des Livres vient de consacrer six colonnes en troisième page au Dernier Dimanche ! C’est à croire aux miracles. Mais que le lecteur du Monde se rassure, Raphaëlle Rérolle prend bien soin de parler de tout, de l’auteur, de sa vie, de ses hésitations et du reste, sauf de l’essentiel. Pas un mot sur la critique implacable de la nouvelle vulgate agnostique… Faut tout de même pas exagérer.