Haut fonctionnaire de la culture, ce qui n’est pas nécessairement un oxymore, Christophe Tardieu, a été pendant plus de trois ans Le Surintendant de Versailles et c’est sous ce titre qu’il publie aujourd’hui ses souvenirs d’administrateur général du Château.
Plus connu pour le rôle central qu’il a joué au moment de la réforme de France Télévisions et dans la conception de la loi Hadopi aux côtés de Christine Albanel, alors ministre de la culture, l’auteur brosse ici un portrait à la fois nostalgique et désopilant de cet immense vaisseau fantôme et de son équipage.
Avec un sens aigu de la pédagogie, Christophe Tardieu commence d’abord par expliquer au lecteur les règles subtiles qui permettent de piloter un établissement public pris entre les exigences parfois contradictoires d’un Etat propriétaire, les règles souvent changeantes de la conservation, l’intérêt du public et les oukases d’une opinion culturelle avec laquelle il faut maintenant compter. Les scènes qui décrivent, par le menu, la tenue du Conseil d’Administration du château, sont à elles seules des monuments d’anthologie tant elles mélangent avec bonheur les ridicules d’une technocratie culturelle que le monde entier nous envie et les survivances d’un Ancien Régime qui n’a jamais véritablement déserté les lieux.
Pour autant, Christophe Tardieu ne se contente pas de dévoiler l’envers du décor. Il prend parti et c’est là qu’il donne toute l’étendue de son talent. Voilà un homme qui a certainement été dressé depuis son plus jeune âge à respecter le sacro saint devoir de réserve de la haute fonction publique et qui n’attend pas d’avoir obtenu l’éméritat de son corps d’origine pour écrire tout ce qu’il pense de ce qu’il a vu et vécu. Les polémiques qui ont surgi à l’occasion de telle restauration ou de telle exposition sont traitées à leur juste valeur, c’est-à-dire par le ridicule et c’est un véritable bonheur…
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