Lorsque les dames d’œuvre de l’Ordre entrent en procession dans la chapelle royale, le court-circuit historique est immédiat. Cheminant d’un pas grave et lent, les mantilles qui couvrent le chef de ces très vieilles dames portant de très vieux noms imposent immédiatement le silence à une foule de fidèles pourtant déjà bien rangée. Les filles de Louis XV descendues des cadres accrochés aux cimaises des salons tout proches, passeraient ici totalement incognito.
C’était la semaine dernière, au château de Versailles, pour la célébration annuelle de la Saint Jean-Baptiste, patron de l’Ordre de Malte. Cette messe annuelle étonne par son faste romain dans un pays habitué depuis un demi-siècle à une liturgie post conciliaire. Les prélats sont en camail de soie et surplis de dentelle. Les chevaliers en coule noire frappée de la croix blanche ou en grand uniforme rouge galonné d’or occupent le chœur de la chapelle. Par endroit, on aperçoit la cape blanche ensanglantée par la croix de Jérusalem de quelques chevaliers du Saint-Sépulcre invités là en frères ennemis.
L’arrivée du Grand Chancelier de la Légion d’Honneur achève de donner au moment sa solennité.
Tant de splendeurs anachroniques ne laissent pas facilement deviner que l’Ordre de Malte fut peut-être à l’origine des grands bouleversements de Vatican II.
Et pourtant. A la fin du pontificat de Pie XII, un complot ourdi contre le vieil Ordre Souverain par quelques cardinaux aussi influents que conservateurs contribua à tracer, au sein de la Curie, les lignes de force du futur concile. Le Cardinal Canali, déjà Grand Maître du Saint Sépulcre, s’était mis en tête d’ajouter la croix de Malte à son chapelet et pour cela, d’en finir avec la souveraineté de l’Ordre. Sous couvert de droit canonique, il s’agissait d’annexer purement et simplement au Vatican, l’Ordre, ses richesses et ses précieux passeports diplomatiques. Devant l’injustice et la violence des coups portés, des voix s’élevèrent et firent manquer ce nouveau procès des Templiers.
Monseigneur Roncalli, nonce apostolique en France, et le Cardinal Montini prirent la défense des chevaliers de Malte. Quelques années plus tard l’un allait ouvrir le Concile de Vatican II sous le nom de Jean XXIII et l’autre le conclure sous celui de Paul VI.
3 Commentaires
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Pour ceux qui auraient envie de voir un art de la chevalerie point trop vieillissant, je conseille d’aller consulter le blog de Youenn de Quelen.
C’est roboratif et instructif.
Cher Camille,
Merci de m’avoir fait connaître ton blog : non seulement c’est intéressant et en plus écrit avec talent.
Quant à la statue équestre du Roi, ton jugement acéré est visiblement partagé par tes lecteurs.
La cérémonie de l’Ordre de Malte a fait revivre les fastes de la monarchie ; Point de vue n’en a hélas pas parlé.
Sincères amitiés
Salut Pascal, je m’appelle Mirindi Herman le Secrétaire Général de la Fédération Asalam Internationale ça me fait plaisir de vous connaître à partir de votre blog et me rejouir de la réduction de la distance entre les humains; moi qui vous écris je suis en Afrique au Burkina Faso l’un des pays le plus pauvre de la planète néanmoins le miracle de la technoligie nous ouvre les portes des pays splendides à l’occurrence de votre pays. L’Ordre de Malte est représenté ici au Burkina Faso Alors Pascal et si vous formiez un club d’amis francophones à partir de votre blog. Vous pouvez visiter notre site: http://www.assalam-bf.org Mes salutations les meilleures à vous et à tous les visiteurs de votre blog.