Tout le monde ne passe pas les plus belles années de sa jeunesse sur les bancs des Archives Nationales. C’est une particularité, un peu névrotique à la vérité, que je partage avec Alexandre Gady car c’est là que nous nous sommes connus. Si depuis j’ai pris des chemins de traverse, lui est devenu l’un des grands historiens de l’architecture française de l’âge classique et il consacre en ce moment une très belle exposition à Jules Hardouin-Mansart (1646-1708).
Les Mansart ont su faire de leur nom une véritable marque. Marque qui se confond pour la plus grande gloire de Louis XIV avec le grand goût français du Grand Siècle et même au-delà. Chez ces gens-là, tout est grand et ce clan, car il n’y a pas d’autre mot, a régné sans partage sur l’architecture française depuis Louis XIII jusqu’à Louis XVI, si l’on tient compte, bien sûr, des cousins Gabriel. Cette famille a créé de toutes pièces ce système de l’architecture royale qui va s’imposer à la province avant de partir à la conquête d’une province française plus éloignée encore : l’Europe.
Dans cet arbre généalogique de pierre et d’argent, car la famille a su servir le Roi et se servir abondamment, Jules Hardouin-Mansart, petit neveu de François, occupe une place de choix. Il aura semé entre Paris et Versailles quelques jolis cailloux comme le Dôme des Invalides, la place des Victoires, la place Vendôme, la Galerie des Glaces, les Grandes et les Petites Écuries ou encore l’Orangerie. Des châteaux de Marly, Meudon et Saint-Cloud, il ne reste rien ou presque et c’est une réussite de l’exposition de les ressusciter, mais toutes ces pierres forment encore aujourd’hui les véritables bijoux de la couronne de France. Ce sont eux qu’il faut aller voir au musée Carnavalet qui, pour quelques semaines encore, s’est transformé en Tour de Londres et abrite l’un de nos plus beaux trésors : notre architecture.
Un commentaire
Tenez-vous au courant des derniers commentaires publiés sous ce billet en souscrivant au flux RSS de Camille-Pascal.fr.
Il se trouve que j’ai côtoyé pendant près de cinq ans Alexandre Gady au sein de la Commission Régionale du Patrimoine et des Sites (CRPS) d’Ile-de-France, une instance où je siégeais à côté du préfet de la région Ile-de-France en tant qu’élu et où Alexandre Gady était présent en tant que personnalité qualifiée. Au sein de cette instance chargée de donner un avis sur les demandes de classements ou d’inscription à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques, Alexandre Gady était un peu l’entant terrible et turbulent, exprimant sans langue de bois ce qui lui inspiraient les nombreux dossiers qui nous étaient soumis. Il nous est arrivé de nous trouver en désaccord, quoique ma compétence fût lilipuitienne à côté de la sienne, pour ne pas dire voisine de zéro, mais j’ai toujours vivement apprécié la culture éblouissante d’Alexandre Gady, son humour parfois corrosif mais jamais méchant et sa totale indépendance d’esprit. Nous étions convenus que j’irais un jour donner devnat ses étudiants de Sciences Po le témoignage d’un élu de terrain face aux problématiques du Patrimoine mais, le sort électoral m’yant été défavorable, ce projet n’a pu être mené à bien. Et puis je n’oublie pas qu’il m’avait apporté un soutien très précieux, lui qui est un spécialiste du grand Jules Hardouin-Mansart, maître architecte de son époque, lorsque j’avais demandé à la CRPS le 7 décembre 2004 de se prononcer en faveur du classement de l’église Notre-Dame de Versailles, édifice auquel le Roi-Soleil et, après lui tant de Versaillais jusqu’à aujourd’hui, ont manifesté un très fort attachement. Alors, bien sûr, j’irai voir cette exposition et je remercie Camille Pascal d’en parler avec tant de chaleur.
Hervé Pichon