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Don Giovanni à Versailles

Il y a un an de cela très exactement, j’inaugurais ce blog par un bref compte-rendu d’une représentation du Don Giovanni de Mozart donnée au Théâtre des Etats de Prague. Hier, j’assistais au même Don Giovanni, mais cette fois-ci à l’Opéra Royal de Versailles. Là encore le cadre, l’Opéra de Gabriel récemment restauré, offrait au chef-d’œuvre de Mozart un écrin à sa mesure. Même si les invraisemblables banquettes sur lesquelles chacun expie sa mélomanie semblent avoir échappées à la restauration générale, souffrir au milieu de cette débauche de boiseries et de bas-reliefs reste un immense privilège.

La distribution emportait l’adhésion malgré un orchestre qui peinait un peu à s’extraire de sa fosse. On retiendra une Donna Anna (Sara Hershkowitz) époustouflante et un Don Giovanni (Marc Callahan) qui, une fois n’est pas coutume, avait bien la beauté du Diable.

Prague nous avait reposés en nous offrant une mise en scène délicieusement désuète. Hier, il en allait tout autrement. Nous étions en France et la mise en scène, bien évidemment, se commentait. Elle ne le devait pas au faste des décors qui, à la fin du siècle dernier, pouvaient encore arracher des murmures d’admiration à la salle. Là, il fallait se contenter de quelques échafaudages de chantier et de grands panneaux de papiers Kraft que les acteurs pouvaient éventrer à l’envie sans pour autant menacer le budget du spectacle.

L’action était située pendant ces années de Plomb qui firent vaciller la République Italienne. Pourquoi ? Eh bien, tout simplement parce qu’une mise en scène qui ne dénoncerait pas la bête immonde qui se love dans le ventre de nos démocraties occidentales ne remplirait pas son rôle. Le metteur en scène est là pour bousculer un public bourgeois, éternel complice de la bête en question. De ce point de vue, la mise en scène était une réussite. Don Juan apparaissait sous les traits d’un violeur en série et Dona Anna, en nymphomane insatiable, pratiquait une fellation (simulée que l’on se rassure) sur son suborneur… Quant à Don Ottavio (Arthur Espiritu), il revêtait bien évidemment l’uniforme de ces capitaines des carabiniers qui, de tous temps, soutiennent les régimes autoritaires pour s’exonérer de leur propre impuissance.

Un Don Giovanni banalement parisien à Versailles en quelque sorte…

Posté dans la catégorie Opéra/Théâtre.

Sauvons l’Hôtel de Thunes !

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le vieil hôtel de Thunes, rue Neuve Saint-Augustin à Paris, n’avait jamais fait l’objet d’une monographie digne de ce nom. Que le vieux Jacques Hillairet ait fait, en son temps, l’impasse sur l’histoire de cette belle maison n’étonnera personne, mais qu’Alexandre Gady ne mentionne pas dans son ouvrage de référence le seul hôtel parisien attribué à Pierre Levé (1643-1715), rival de Charles d’Aviler, laisse perplexe. Heureusement, Alexandre Pradère, biographe de l’ébéniste Cressent, et Laurent de Commines, historien d’Art, viennent de réparer cette injustice dans un ouvrage aussi bien documenté que superbement illustré.

La mauvaise réputation de cette maison, construite dans les dernières années du règne de Louis XIV, explique peut-être l’indifférence un peu hautaine dont elle a toujours été victime. A peine achevé, l’hôtel, construit sur une parcelle particulièrement biscornue de l’ancienne couture des Visitandines, fut surnommé « l’Hôtel de Travers ». Il faut dire que son premier propriétaire, Bernard Potheu, Seigneur de Thunes et prince des maltôtiers, avait accumulé en quelques années une fortune digne du clan Colbert, dont il fut le discret commis. Sur ce point, on peut regretter, mais c’est un détail, que nos auteurs se soient laissés influencer par les pamphlets du temps. Une note inédite de Daniel Dessert montre que loin de « surgir du néant », Bernard Potheu, surnommé La Potence par les nouvellistes à la solde du Parlement,  appartenait à une solide famille de gabelous originaire de Liévin en Artois.

Il est inutile de revenir ici sur l’histoire détaillée de cette maison dont le décor intérieur en perpétuel renouvellement résumait, il y a quelques années encore, toutes les évolutions du Grand Goût français. Après la dispersion des collections du dernier propriétaire, malheureusement éclipsée par la vente Lagerfeld, l’hôtel a été saccagé de fond en comble, et ce malgré l’avis de la Commission du vieux Paris, pour laisser place à un musée de l’hyper minimalisme. Musée dont les portes restent hermétiquement fermées depuis son inauguration. Si l’on en croit des sources bien informées, un projet prévoit d’éventrer la façade sur jardin, miraculeusement préservée, pour permettre le passage d’une sculpture géante de Richard Serra. On nous promet que rien d’irréparable ne sera fait, mais le sort de ce qui restait des décors intérieurs n’encourage pas à l’optimisme. La Tribune de l’Art, pourtant prompte à s’émouvoir, reste silencieuse. Il est temps de se mobiliser pour sauver l’Hôtel de Thunes.

Posté dans la catégorie Architecture, Arts.

Louis XIV at home

Repris d’une vieille habitude, Paris murmurait contre Versailles. Il avait suffi de quelques papiers mitigés dans la presse pour que l’opinion des dîners en ville soit faite. Ceux qui connaissent le château de Versailles d’assez loin et l’Histoire de France d’à peu près étaient pourtant formels : l’exposition Louis XIV les avait déçus. Ils ne l’avaient pas vue et ne la verraient certainement pas, mais ils croyaient pouvoir dire qu’elle n’apprenait rien de neuf sur le vieux Roi.

Il était même de bon ton, dans certains cercles, de considérer que l’exposition, prisonnière des fastes du Grand Siècle, était trop à la gloire du monarque. Pas assez d’ombre donc sur le Roi Soleil pour que le bobo daigne prendre la ligne C du RER jusqu’à Versailles-Rive Gauche. La chose était entendue, la place de la Bastille et ses proches parages ne se déplaceraient pas. La France, elle, a fait le voyage et elle ne l’a pas fait pour rien.

Certes, le grand portrait par Rigaud n’est pas une découverte - il a été plus reproduit que la Marianne des timbres postes - mais se retrouver face à lui dans une demi-pénombre  rougeoyante impressionne toujours, même trois siècles et quelques républiques plus tard. Le buste du Bernin, les grandes tapisseries des Gobelins ou le bain d’Apollon par Girardon font eux aussi partie de l’imagerie traditionnelle du règne. A cela rien d’étonnant, ils ont été commandés pour ça ! L’art de la communication ne date pas d’aujourd’hui et ce n’est pas la moindre des qualités de cette exposition que de le rappeler.

Mais, en cheminant, le visiteur frôle aussi du regard des objets insensés comme le bénitier de la reine Marie-Thérèse ou certains camées royaux. Un costume de scène qui semble resurgir des Plaisirs de l’Ile Enchanté, à quelques pas d’étonnants oiseaux de haute cour, achève de provoquer l’émerveillement. Une fois encore, le public a déjoué les pronostics parisiens, les chiffres de fréquentation atteignent de véritables sommets et le nombre de visites devrait bientôt battre des records historiques.

Posté dans la catégorie Arts, Histoire.

Camille Pascal sur Europe 1

Camille Pascal était l’invité de l’émission de Frédéric Taddéi, Regarde le monde changer, sur Europe 1 le 19 septembre 2009.

Il a notamment été question, au cours de cet entretien, du débat autour de la numérisation des livres.

Ecoutez l’émission dans son intégralité sur le site d’Europe 1

Posté dans la catégorie Audiovisuel, Littérature.

La Tribune de Camille Pascal dans Libération

Le 7 septembre 2009, Camille Pascal a signé une tribune intitulée “Google, la bibliothèque nationale et le syndrome du moine copiste”, parue dans Libération.

Le Secrétaire général de France Télévisions, y défend notamment le dialogue, très critiqué, que Google a entamé avec la BNF pour numériser ses collections.

Lire la tribune de Camille Pascal


Posté dans la catégorie Audiovisuel.

Connaissez-vous Vendeuvre ?

Vendeuvre date d’un temps où bâtir une maison de campagne était un art. Conçu dans ces années 1750, qui voient l’apaisement du style rocaille avant l’irruption d’un néo-classicisme aussi glacé que le couperet d’une guillotine, le château a de la grandeur mais aussi une simplicité désarmante. Tout y est proportionné, rien n’y est écrasant, pas plus les élévations de façade que les salons.

C’est l’architecte Blondel qui a imaginé ce triomphe d’harmonie au beau milieu des champs mais c’est aux Vendeuvre qui firent construire la maison et ensuite à leurs descendants, Guy, Elyane et leur fils Alexandre qui l’habitent aujourd’hui, que l’on doit de pouvoir encore admirer un ensemble dans le goût français le plus pur. Je connais peu de maisons où le meuble d’un salon est encore laqué dans les mêmes tons que les boiseries qui lui servent d’écrin, où les grands dossiers plats sont sagement rangés le long des murs pour laisser tables volantes et cabriolets peupler le centre des pièces au gré des plaisirs du jeu ou de la conversation. Chaque objet, choisi avec soin, rappelle un certain art de vivre et semble avoir été posé là par un laquais en livrée pour l’accueil et le bien-être de quelque parlementaire exilé sur ses terres par lettre de cachet.

Le château de Vendeuvre est au règne de Louis XV ce que la villa des mystères est à celui de l’empereur Néron : une miraculeuse résurgence de l’Histoire, et c’est peut-être là le plus beau chef d’œuvre de cette maison qui en conserve pourtant une incroyable collection.

En reprenant la route de Paris, le visiteur ne manquera certainement pas le château du Champ de Bataille qui fut, lui aussi, mais dans le genre majestueux, une des belles maisons seigneuriales de la province lorsqu’il appartenait encore au duc et à la duchesse d’Harcourt, qui le sauvèrent d’une ruine certaine au lendemain de la guerre. Aujourd’hui il est aux mains d’un grand décorateur qui règne sur le goût international. Evidemment ce n’est pas tout à fait la même chose…

Posté dans la catégorie Arts.