Garnier, hier soir, reprise du ballet de Roland Petit, Proust ou les intermittences du cœur créé à Paris en 2007. Cette chorégraphie prétend traduire la Recherche du Temps Perdu en treize tableaux. On se souvient bien sûr que les Intermittences du cœur servirent longtemps de titre provisoire à l’œuvre de Marcel Proust avant que celui-ci ne tranche en faveur de la Recherche. Le chorégraphe n’a pas osé utiliser le titre définitif. On l’en remercie car malgré le talent d’un Roland Petit ou d’un Visconti qui rêva toute sa vie d’une adaptation de la Recherche pour le cinéma, le proustien se méfie. Traduire Proust en une autre langue est déjà un défi alors que penser d’une traduction dans la langue du corps ?
La première partie qui évoque les paradis proustiens laisse assez indifférent. L’académisme guette et la mièvrerie affleure. Le tableau V censé évoquer les jeunes filles en fleur sur la plage de Balbec tourne carrément au ridicule.
La deuxième partie consacrée à l’Enfer de Proust est plus convaincante. La danse amoureuse de Charlus devant le petit Morel est un incroyable morceau de bravoure (tableau IX), la nuit proustienne très évocatrice (tableau XI) et le final décrit avec beaucoup d’élégance et un brin de modernité le Temps disparu. La maîtrise du corps de ballet parisien est parfaite.
Pendant tout ce temps, un Marcel Proust hiératique, véritable réincarnation de son portrait par Jacques-Emile Blanche, veille, immobile. Il ne danse pas et on ne lui en veut pas…
Un commentaire
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Camille a raison, la deuxième partie est plus convaincante que la première. L’évocation de l’homosexualité, dans des ballets noirs et cruels, passe mieux que le marivaudage avec les jeunes filles en fleur. Un spectacle très agréable au total, mélange de bon aloi de classicisme et d’audace, aux tableaux bien construits, poétiques et… lisibles pour des amateurs peu avertis. Une jubilation tanquille.