Aussi étonnant que cela puisse paraître, le vieil hôtel de Thunes, rue Neuve Saint-Augustin à Paris, n’avait jamais fait l’objet d’une monographie digne de ce nom. Que le vieux Jacques Hillairet ait fait, en son temps, l’impasse sur l’histoire de cette belle maison n’étonnera personne, mais qu’Alexandre Gady ne mentionne pas dans son ouvrage de référence le seul hôtel parisien attribué à Pierre Levé (1643-1715), rival de Charles d’Aviler, laisse perplexe. Heureusement, Alexandre Pradère, biographe de l’ébéniste Cressent, et Laurent de Commines, historien d’Art, viennent de réparer cette injustice dans un ouvrage aussi bien documenté que superbement illustré.
La mauvaise réputation de cette maison, construite dans les dernières années du règne de Louis XIV, explique peut-être l’indifférence un peu hautaine dont elle a toujours été victime. A peine achevé, l’hôtel, construit sur une parcelle particulièrement biscornue de l’ancienne couture des Visitandines, fut surnommé « l’Hôtel de Travers ». Il faut dire que son premier propriétaire, Bernard Potheu, Seigneur de Thunes et prince des maltôtiers, avait accumulé en quelques années une fortune digne du clan Colbert, dont il fut le discret commis. Sur ce point, on peut regretter, mais c’est un détail, que nos auteurs se soient laissés influencer par les pamphlets du temps. Une note inédite de Daniel Dessert montre que loin de « surgir du néant », Bernard Potheu, surnommé La Potence par les nouvellistes à la solde du Parlement, appartenait à une solide famille de gabelous originaire de Liévin en Artois.
Il est inutile de revenir ici sur l’histoire détaillée de cette maison dont le décor intérieur en perpétuel renouvellement résumait, il y a quelques années encore, toutes les évolutions du Grand Goût français. Après la dispersion des collections du dernier propriétaire, malheureusement éclipsée par la vente Lagerfeld, l’hôtel a été saccagé de fond en comble, et ce malgré l’avis de la Commission du vieux Paris, pour laisser place à un musée de l’hyper minimalisme. Musée dont les portes restent hermétiquement fermées depuis son inauguration. Si l’on en croit des sources bien informées, un projet prévoit d’éventrer la façade sur jardin, miraculeusement préservée, pour permettre le passage d’une sculpture géante de Richard Serra. On nous promet que rien d’irréparable ne sera fait, mais le sort de ce qui restait des décors intérieurs n’encourage pas à l’optimisme. La Tribune de l’Art, pourtant prompte à s’émouvoir, reste silencieuse. Il est temps de se mobiliser pour sauver l’Hôtel de Thunes.
4 Commentaires
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Bonjour,
Je découvre à peu près une information inquiétante sur le patrimoine par jour, et malheureusement, il est impossible de tout traiter… Mais si l’on peut à la limite s’étonner de ce que je ne parle pas (ou pas encore) d’un problème dont j’ai connaissance, il est tout de même plus difficile pour moi d’écrire sur un sujet que je ne connais pas et dont j’entends parler ici pour la première fois. Vous pouvez, si vous le voulez, me contacter par le mail de La Tribune de l’Art afin que nous puissions en parler.
Cordialement, malgré tout
DR
Bon, vous m’avez bien eu, à vrai dire, je n’avais fait que survoler votre texte… Mais je ne m’attends pas à avoir des poissons d’avril en plein décembre !
DR
Quoi qu’il en soit, cher Didier Ryckner, votre réactivité vous honore.
Sans rancune, je l’espère, et même si je ne partage pas toujours vos combats je profite de l’occasion pour vous souhaiter une excellente année à vous et à la Tribune de l’Art.
Camille Pascal
Je ne vois qu’à l’instant vos vœux, et comme nous sommes le 30, il est encore temps de vous présenter les miens. Je ne suis pas du genre rancunier. L’article que vous aviez fait paraître dans le Figaro m’avait bien un peu agacé, mais il y a prescription maintenant. Que nous ne soyons pas d’accord sur tout n’est pas si grave, je suis sûr que l’on se retrouverait sur bien des points.
Bien cordialement,
Didier Rykner